Le 3 novembre 2026, à Paris, le député européen François Kalfon a demandé que les voitures du constructeur chinois BYD soient tenues à l’écart des sites sensibles français. Il a écrit au Premier ministre, Sébastien Lecornu, et interrogé la Commission européenne par une question écrite datée du 28 octobre. Le sujet n’est plus réservé aux spécialistes : une voiture moderne voit, entend, localise et communique. La question des voitures chinoises et de l’espionnage pose en réalité celle de tous les véhicules connectés qui circulent sur nos routes.

Ce qui est demandé, à Paris et à Bruxelles

Au gouvernement français, le député demande, selon le Journal de l’Automobile :

  • d’interdire l’accès des véhicules BYD aux sites sensibles : emprises militaires, infrastructures stratégiques, opérateurs d’importance vitale, bâtiments ministériels ;
  • d’exclure BYD des marchés publics ;
  • d’étendre ces restrictions aux constructeurs soumis à une obligation légale de coopérer avec un service de renseignement étranger.

À la Commission européenne, il demande si elle entend saisir l’ENISA, l’agence européenne de cybersécurité, pour évaluer les risques liés à BYD, et classer le constructeur parmi les fournisseurs à haut risque dans le cadre de la future révision du règlement européen sur la cybersécurité.

Une précision s’impose : aucune preuve publique ne montre aujourd’hui que BYD transmet des informations militaires. Le débat porte sur ce qu’un véhicule connecté est capable de collecter, et sur le cadre légal auquel son constructeur est soumis.

Pourquoi une voiture peut renseigner

Une voiture récente est un ordinateur qui se déplace. Pour aider à conduire, à se garer et à rester connectée, elle embarque :

  • des caméras tout autour de la carrosserie, et parfois dans l’habitacle ;
  • des radars, des capteurs et, sur certains modèles, un lidar qui cartographie l’environnement ;
  • un récepteur de géolocalisation qui enregistre chaque trajet et chaque arrêt ;
  • un modem 4G ou 5G qui relie le véhicule aux serveurs du constructeur ;
  • des microphones pour les appels et les commandes vocales ;
  • le téléphone du conducteur, souvent appairé, avec ses contacts et son journal d’appels.

Ces équipements servent la sécurité et le confort. Mais ils produisent aussi des informations précieuses : les lieux où stationne un dirigeant, la durée de ses rendez-vous, les images des abords d’un site, de ses accès et de ses portails. Et le logiciel du véhicule peut être modifié à distance par le constructeur, lors des mises à jour, sans passage en atelier.

Selon des informations rapportées par la presse, lors d’un exercice militaire en Norvège en septembre 2026, des véhicules chinois loués pour l’occasion auraient enregistré des trajets et des codes d’accès à des portails sécurisés. C’est exactement le type de scénario que redoutent les responsables de la sécurité.

Une obligation légale de coopérer

L’argument central tient à un texte : l’article 7 de la loi chinoise sur le renseignement national de 2017, qui impose à toute organisation et à tout citoyen de soutenir et d’aider le travail de renseignement de l’État. Une entreprise chinoise ne peut donc pas opposer un refus de principe si ses données sont réclamées.

Ce texte ne prouve pas qu’un constructeur transmet des informations. Il signifie que, s’il le lui était demandé, il ne serait pas libre de refuser. Pour un site militaire ou un comité de direction, c’est ce risque qui compte.

Ce que d’autres pays ont déjà décidé

Plusieurs pays ont déjà pris des mesures, dont une partie a été rapportée par la presse ces derniers mois :

  • États-Unis. Après une enquête lancée en 2024, une réglementation adoptée en janvier 2025 interdit progressivement les logiciels puis les équipements de connectivité chinois et russes dans les véhicules connectés vendus sur le marché américain. Selon la presse, la base aérienne américaine de Kadena, au Japon, a interdit l’accès aux véhicules BYD le 26 octobre 2026.
  • Royaume-Uni. Des restrictions s’appliquent aux abords de certaines installations militaires depuis avril 2025.
  • Pologne. Les véhicules chinois sont interdits sur les sites militaires protégés depuis février 2026.
  • Israël. Les véhicules BYD sont interdits sur les bases militaires.
  • Chine. Les autorités chinoises interdisent elles-mêmes les Tesla aux abords de certaines installations militaires depuis 2021.

En France, la Direction du renseignement et de la sécurité de la défense aurait alerté le gouvernement dès août 2026, selon la presse. Aucune restriction publique comparable n’a pour l’instant été annoncée.

Chinoise ou américaine : la même question

Le dernier exemple le montre : le problème ne se limite pas à une marque ni à un pays. D’après la presse, l’alerte de la DRSD visait aussi les véhicules Tesla et des applications grand public. Les données confiées à une entreprise américaine peuvent, dans certains cas, être réclamées par les autorités américaines au titre du Cloud Act, y compris lorsqu’elles sont stockées en Europe.

Chinoises ou américaines, ces technologies posent la même question à une entreprise : qui peut accéder à ce que voit, entend et enregistre le véhicule de ses dirigeants, de ses commerciaux ou de ses visiteurs ?

Ce que nous disons depuis plusieurs années

International ICS alerte depuis plusieurs années sur ces technologies embarquées. Dès septembre 2024, nous évoquions l’enquête lancée aux États-Unis sur les technologies chinoises des véhicules, dans notre article votre véhicule connecté vous surveille-t-il ?. Depuis, nous avons détaillé les risques des traceurs GPS, la faille discrète d’Android Auto et celle des dashcams connectées.

Le constat reste le même : le véhicule est devenu l’un des lieux les plus exposés de la vie d’un dirigeant. On y téléphone, on y prépare ses rendez-vous, on y parle librement, en pensant être seul. C’est aussi l’endroit que l’on pense le moins à vérifier.

Ce que vérifie un audit de véhicule

International ICS réalise des audits de véhicules pour les entreprises, leurs dirigeants et leurs flottes. Selon le véhicule et le besoin, l’audit comprend :

  • la recherche de traceurs GPS et de dispositifs d’écoute, avec le matériel d’une opération TSCM, à l’arrêt puis en roulage ;
  • l’inventaire des fonctions connectées du véhicule : modem, caméras, microphones, services du constructeur, applications liées ;
  • l’analyse des téléphones appairés et des applications qui pilotent le véhicule ;
  • des recommandations concrètes : réglages de confidentialité, services à désactiver, règles d’appairage, choix des véhicules et des lieux de stationnement.

Les bons réflexes pour une entreprise

  • Ne pas tenir de conversation sensible dans un véhicule connecté dont on ne maîtrise pas les microphones et les services.
  • Ne pas appairer le téléphone professionnel d’un dirigeant à un véhicule de location ou de prêt, et effacer ses données à la restitution.
  • Vérifier les autorisations de l’application du constructeur : localisation, microphone, caméras, partage des données.
  • Intégrer la sécurité aux achats : pour une flotte d’entreprise, le pays du constructeur et la gestion des données sont des critères au même titre que le prix.
  • Éloigner les véhicules de tiers des zones sensibles : parkings visiteurs, livraisons, prestataires.
  • Faire vérifier les véhicules de direction avant une négociation, une cession ou un contentieux, et après tout passage en atelier ou prêt.

Questions fréquentes

Les voitures chinoises espionnent-elles leurs conducteurs ?

Aucune preuve publique ne montre aujourd’hui qu’un constructeur chinois transmet des informations à un service de renseignement. Le risque tient à deux éléments : la quantité de données qu’un véhicule connecté peut collecter, et la loi chinoise de 2017 qui oblige les entreprises à coopérer avec le renseignement de leur pays.

Que demande le député européen François Kalfon ?

D’interdire l’accès des véhicules BYD aux sites sensibles français, de les exclure des marchés publics, d’étendre ces mesures aux constructeurs soumis à une obligation de coopération avec un renseignement étranger, et que la Commission européenne fasse évaluer les risques par l’ENISA.

Le risque concerne-t-il seulement les marques chinoises ?

Non. Tout véhicule connecté collecte des données et les transmet à son constructeur. La question est de savoir qui peut y accéder et sous quel droit. Les entreprises américaines, par exemple, peuvent être tenues de communiquer certaines données aux autorités américaines au titre du Cloud Act.

Peut-on empêcher une voiture connectée de collecter des données ?

En partie. Les réglages de confidentialité et l’application du constructeur permettent de limiter certains partages, et des services peuvent être désactivés. D’autres fonctions restent actives, comme l’appel d’urgence automatique, obligatoire sur les modèles neufs dans l’Union européenne depuis 2018. Un audit permet de savoir précisément ce qui reste actif sur un véhicule donné.

Comment savoir si un traceur a été posé sur mon véhicule ?

Un traceur se cache sous un pare-chocs, dans une doublure ou se branche sur une prise du véhicule, et certains n’émettent qu’en mouvement. Sa recherche demande une fouille physique et une analyse radio, à l’arrêt puis en roulage. Nous détaillons la méthode sur notre page consacrée à la détection de traceur GPS.

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