Le message arrive un matin, envoyé par un site marchand, un opérateur, une mutuelle ou une administration : à la suite d’une fuite de données, certaines de vos informations personnelles ont pu être dérobées. Pour un particulier, les bons réflexes sont désormais bien connus : conserver le message, changer de mot de passe, activer la double authentification, surveiller son compte bancaire.
Pour un dirigeant, ces réflexes restent nécessaires mais ne suffisent pas. Les mêmes informations n’ont pas la même valeur : le numéro de mobile, l’adresse électronique ou l’adresse du domicile d’un décideur sont la matière première d’attaques qui ne visent pas sa personne, mais son entreprise.
Voici comment lire l’alerte, ce qu’il faut faire dans les premiers jours, ce qu’il faut surveiller ensuite, et à quel moment se faire accompagner.
Pourquoi un dirigeant n’est pas une victime comme les autres
Ces incidents se sont multipliés, comme le montre notre bilan des fuites de données, arnaques et hameçonnage. Une fuite isolée révèle pourtant rarement grand-chose : le risque naît du recoupement. Une adresse électronique personnelle et un numéro de mobile issus d’une fuite, croisés avec ce que l’on trouve librement en ligne (fonction, réseaux professionnels, extraits du registre du commerce, articles de presse), suffisent à construire un scénario crédible.
Ce scénario ne cible pas forcément le dirigeant lui-même. Il vise souvent son entourage : l’assistante qui gère l’agenda, le directeur financier qui valide les virements, la banque, parfois la famille. Un message qui cite le bon prénom, le bon numéro et un projet réel de l’entreprise passe beaucoup plus facilement qu’une tentative générique. C’est le ressort des fraudes au président, que le clonage de voix par l’intelligence artificielle rend encore plus convaincantes.
Lire l’alerte de fuite de données avant d’agir
Première précaution : s’assurer que le message est authentique. Les escrocs imitent volontiers les alertes de fuite, précisément parce qu’elles appellent à l’action. Un organisme qui informe les personnes concernées doit, selon l’article 34 du RGPD, décrire en termes clairs la nature de la violation, donner un point de contact, indiquer les conséquences probables et les mesures prises ou proposées. Un message qui vous presse de cliquer sur un lien, de vous reconnecter ou de fournir des informations doit éveiller la méfiance. En cas de doute, contactez l’organisme par un canal que vous connaissez déjà, jamais par celui que propose le message.
Conservez ensuite ce message, comme le recommande la CNIL : il vous servira si vous devez porter plainte ou faire valoir vos droits. Puis identifiez précisément les données concernées, car chacune ouvre un risque différent :
- Adresse électronique : hameçonnage ciblé, faux messages de vos interlocuteurs habituels.
- Numéro de mobile : arnaques par SMS, appels frauduleux, tentatives de détournement de la ligne pour intercepter les codes de validation.
- Adresse postale : exposition du domicile, courriers frauduleux.
- Coordonnées bancaires : prélèvements non autorisés, faux conseiller bancaire.
- Pièce d’identité : usurpation d’identité, ouverture de comptes ou de crédits à votre nom.
- Mot de passe : piratage de compte, y compris ceux qui partagent le même mot de passe.
Dans les premiers jours : les gestes qui comptent
Les mots de passe. Changez celui qui a fuité, et tous ceux qui lui ressemblent. Un mot de passe réutilisé sur la messagerie professionnelle transforme une fuite personnelle en incident d’entreprise. Un gestionnaire de mots de passe règle durablement le problème.
La double authentification. Activez-la partout où elle existe. Lorsque votre numéro de mobile fait partie de la fuite, préférez une application d’authentification ou une clé physique au code reçu par SMS : c’est précisément ce canal qu’un fraudeur cherchera à détourner.
La ligne mobile. Demandez à votre opérateur quelles protections il propose contre les changements de carte SIM ou de portabilité non sollicités. Une perte soudaine et inexpliquée du réseau doit vous alerter immédiatement.
Les comptes. Passez en revue les sessions ouvertes et les appareils connectés, supprimez ceux que vous ne reconnaissez pas, vérifiez l’adresse électronique et le numéro de récupération de vos comptes principaux.
La banque. Si des données bancaires sont en cause, prévenez votre conseiller, activez les notifications de paiement et ne signez aucun mandat de prélèvement qui vous paraît douteux.
L’entourage professionnel. C’est le geste le plus souvent oublié, et le plus utile pour l’entreprise. Prévenez discrètement votre assistante, votre directeur financier et les personnes habilitées à engager des paiements : toute demande urgente et confidentielle qui semble venir de vous, par messagerie, par téléphone ou par un nouveau numéro, doit être vérifiée par un rappel sur un numéro connu. Rappelez la procédure de validation des virements, et faites-la appliquer sans exception.
Dans les semaines suivantes : arnaques, piratage de compte, usurpation d’identité
Une fuite n’est pas exploitée forcément tout de suite. Les données circulent, se revendent, se recoupent. Restez attentif pendant plusieurs semaines aux signaux suivants :
- des SMS, appels ou messages inhabituels qui citent des éléments exacts de votre vie professionnelle ;
- des notifications de connexion ou de réinitialisation de mot de passe que vous n’avez pas demandées ;
- un courrier, un contrat, un abonnement ou une demande de crédit dont vous n’êtes pas à l’origine ;
- des sollicitations inhabituelles adressées à vos proches ou à vos collaborateurs en votre nom.
Si vous avez cliqué sur un lien reçu dans ce contexte, ou si votre téléphone se comporte de façon inhabituelle, ne réinstallez rien dans l’urgence : une analyse du téléphone permet de vérifier s’il a été compromis, à condition que les traces n’aient pas été effacées. Notre article sur les signes d’un smartphone surveillé détaille ce qui doit alerter.
Dans la grande majorité des cas, une fuite ne va pas plus loin que des tentatives d’escroquerie. Mais lorsque le dirigeant est exposé par ailleurs, dans une négociation, une cession, un contentieux ou un conflit, l’adresse de son domicile et son numéro personnel peuvent faciliter un repérage. C’est dans ces situations qu’une vérification du véhicule, avec une recherche de traceur GPS, ou des lieux où se tiennent les échanges sensibles prend tout son sens.
Signaler, porter plainte, faire valoir ses droits
- 17Cyber. La plateforme 17cyber.gouv.fr, lancée en décembre 2024 par la police nationale, la gendarmerie et Cybermalveillance.gouv.fr, établit un diagnostic de votre situation et oriente vers les bons interlocuteurs.
- La plainte. En cas d’escroquerie ou d’usurpation avérée, déposez plainte au commissariat ou à la gendarmerie. Pour certaines escroqueries en ligne, le service de plainte en ligne THESEE est accessible depuis Service-Public.fr. Joignez le message d’alerte et des captures d’écran des activités suspectes.
- La CNIL. Si l’organisme à l’origine de la fuite n’a pas rempli ses obligations, vous pouvez adresser une réclamation à la CNIL. L’article 82 du RGPD ouvre par ailleurs un droit à réparation du dommage subi.
Comment International ICS accompagne un dirigeant
Lorsqu’un dirigeant reçoit une alerte de fuite de données, la question utile n’est pas seulement « qu’est-ce qui a fuité ? », mais « qu’est-ce qu’un adversaire peut en faire, compte tenu de ce qui est déjà public ? ». C’est la démarche que nous conduisons avec lui :
- Évaluer l’exposition. Recouper les données concernées par la fuite avec ce qui est accessible par ailleurs, et en déduire les scénarios d’attaque réalistes, pour lui comme pour son entreprise.
- Vérifier les terminaux. Analyser le téléphone en cas de message suspect ou de comportement anormal.
- Sécuriser les accès. Contrôler, dans le cadre d’un audit cyber, les comptes et les accès qui relient la sphère personnelle aux systèmes de l’entreprise.
- Vérifier les lieux et le véhicule lorsque le contexte le justifie, par une opération de contre-mesures de surveillance technique ou une recherche de traceur.
- Préparer l’entourage aux tentatives d’usurpation, pour que la bonne procédure soit appliquée le jour où l’appel arrive.
Ces interventions se font avec la discrétion qu’exige la situation d’un dirigeant : aucune information sur le motif de la mission n’a besoin de circuler en interne.
Questions fréquentes
Comment savoir si une alerte de fuite de données est authentique ?
Un message authentique décrit la nature de l’incident, les données concernées, les conséquences possibles et les mesures prises, et donne un point de contact. Il ne vous demande ni de cliquer pour vous reconnecter, ni de fournir des informations. Dans le doute, contactez l’organisme par ses canaux habituels.
Faut-il changer de numéro de téléphone ?
C’est rarement nécessaire. Il est plus efficace de protéger la ligne auprès de l’opérateur, de remplacer la double authentification par SMS par une application ou une clé physique, et de prévenir l’entourage. Un changement de numéro se justifie surtout en cas de harcèlement ou de sollicitations répétées.
La double authentification par SMS suffit-elle ?
Elle vaut mieux que rien. Mais lorsque le numéro de mobile figure dans la fuite, c’est le facteur le plus exposé. Pour la messagerie et les comptes sensibles, une application d’authentification ou une clé physique offre une protection nettement supérieure.
Mon entreprise doit-elle déclarer quelque chose à la CNIL ?
Si la fuite vient d’un organisme tiers et ne concerne que vos données personnelles, l’obligation de notification pèse sur cet organisme, pas sur votre entreprise. En revanche, si la fuite a permis d’accéder à des comptes ou à des données de votre entreprise, il peut s’agir d’une violation de données chez vous, à notifier à la CNIL dans les 72 heures lorsqu’elle présente un risque pour les personnes concernées.
Une fuite de données peut-elle servir à espionner un dirigeant ?
Elle peut faciliter un repérage, en particulier lorsque le domicile ou le numéro personnel sont exposés et que le dirigeant est engagé dans une affaire sensible. Le plus souvent, elle sert surtout à des escroqueries. Une évaluation de l’exposition permet de savoir dans quel cas vous vous trouvez.
En cas de doute
Depuis 1991, International ICS accompagne les dirigeants et leurs entreprises face à l’espionnage et à la fuite d’informations. Contactez-nous depuis un appareil qui n’a pas reçu les messages suspects : nous évaluerons avec vous ce que la fuite de données expose réellement, et les mesures qui s’imposent.
Suivez-nous sur notre page Linkedin
